Ils sont fous ces romains !
Quelle surprise de découvrir dans les Hauts Cantons Héraultais une pièce unique : un album d’Astérix et Obélix au titre mystérieux « Scope le poteau magique » une aventure d’Astérix. Après m’être frotté les yeux plusieurs fois, je ne rêvais pas, j’avais devant moi le commanditaire de cette oeuvre Robert Monnin et une authentique réalisation des célèbres dessinateurs de bande dessinée Uderzo et Goscinny datée de 1982.
L’histoire mérite d’être contée dans le détail. Il existait à Bédarieux une entreprise bien connue dans le milieu du bâtiment PPB dont le Directeur Général s’appelait Robert Monnin. Ingénieur très ingénieux il exploitait avec son groupe un brevet de fabrication d’une ossature porteuse (poutre, poteau, plancher) en ciment précontraint. Les structures réalisées dans ses usines, entre autres celle de Bédarieux permettaient de créer un produit tridimensionnel simple dans sa mise en place. Ce système supprimait les murs porteurs. On gagnait donc du temps dans la réalisation de l’ouvrage, le génie gaulois pouvait alors s’affronter à la puissance de Rome. Uderzo et Goscinny mettaient à la sauce Astérix et Obélix le développement de ce concept. Le grand César lançait un défi aux gaulois : construire en un temps record un bâtiment. Les méchants Romains empêchant les irréductibles Gaulois de réaliser leur construction, Astérix et Obélix se devaient d’intervenir pour que le chantier soit mené à son terme. Bien sûr tout se termine dans la joie et l’allégresse autour du banquet ou moult sangliers sont dégustés. Comme d’habitude le barde Abraracourcix est bâillonné et empêché de chanter. Il est ligoté non pas au tronc de l’arbre mais à la poutre de PPB… GENIAL.
Cet ouvrage, même s’il n’est pas resté comme une oeuvre majeure de nos dessinateurs, a contribué à la notoriété de l’entreprise bédaricienne. Derrière cette “historiette” se trouvait un message qui rejoignait l’esprit de l’entreprise. PPB était capable de rivaliser avec les plus grands. L’esprit gaulois ingénieux, inventif mettait en avant une technique d’avant-garde au moment des “30 glorieuses” pour développer la construction. Les carnets de commandes rapidement remplis, l’entreprise connut un essor considérable à l’époque. L’album édité en quantité “industrielle” accompagnait la visite des commerciaux qui pouvaient présenter de façon ludique le produit.
L’histoire ne nous dit pas si Uderzo et Goscinny ont contribué au développement de l’entreprise PPB mais l’histoire de cette rencontre entre l’entreprise industrielle et les maîtres de la bande dessinée méritait d’être racontée.
PS : pour information M. Robert Monnin coule une retraite heureuse à Bédarieux, son entreprise a été rachetée par un groupe important du BTP.
De Jean-Philippe Robian

