Volontiers, le café, c’est bon et en plus c’est bon. On l’a tant accusé de causer des cancers, des maladies cardio-vasculaires, des troubles de l’humeur etc. qu’il faut savoir qu’en réalité non seulement le café ne présente aucun danger, mais qu’au contraire il est bénéfique. A part son côté dopant, le café protège, entre autres, du cancer du côlon, prévient les maladies du foie et peut même soulager les maux de tête. Pour ce qui est des risques encourus par les femmes, 1 à 2 tasses journalières ne provoquent ni fausse couche, ni mort-né, ni ostéoporose, ni cancer, ni kyste, ni stérilité… Encore un petit café ?
Café
Un café qui s’inscrit dans l’histoire
Le Grand Café JOUCLA classé « café historique »
Le décès de Pauline Joucla à la fin de cette année 2015 à l’âge de 100 ans remet à chacun en mémoire les riches heures du Grand Café de Camplong. Ouvert en 1898, les lieux n’ont pas changé.
Les tables de bistrot avec leur plateau en marbre sont toujours là, comme les banquettes en moleskine, le poêle à charbon (photo jointe) au milieu de la salle, les 5 grands miroirs et le tableau électrique antédiluvien. Si ce dernier paraît être un défi à la modernité il ne faut pas se fier aux apparences… Lors d’une de mes premières rencontres avec Pierrot Joucla je m’étonnais de la présence d’un boîtier électrique agrémenté d’interrupteurs et de sucre en porcelaine ne répondant pas aux normes de sécurité pour un lieu recevant du public. D’un œil malicieux Pierrot s’approcha du tableau, en le faisant pivoter il fit apparaître un tableau électrique parfaitement “aux normes” comme on dit ici.
Le Café Joucla est ce point de rencontre entre le passé et notre siècle. L’évocation du passé, c’est cette porte qui donne sur une arrière salle. En contre-jour, sur les vitres dépolies apparaît la silhouette d’un mineur avec son casque sur la tête. Tout ici rappelle les riches heures de la Mine. Le Café était un lieu de rencontre. On y célébrait la Sainte Barbe et tout événement important de la vie du village. On y préparait manifestations et grèves. Si les murs pouvaient parler, ils raconteraient l’histoire de ces “Gueules Noires”.
1898, c’est l’année que choisit Antonin Durand, enfant du pays, élève d’Honoré Daumet à l’École des Beaux-Arts de Paris, architecte reconnu aussi bien en France qu’aux Etats Unis, pour ériger ce Café pour sa sœur Justinette, épouse Joucla. Dès le départ il s’agit d’en faire un lieu de rencontre, un lieu culturel. C’est l’époque, après la découverte des premiers filons de charbon par l’Abbé Martel passionné de géologie, où le bassin houiller de Graissessac démarre son exploitation. Le minerai va faire la richesse du pays avec 10 puits de mine en activité en 1920.
Napoléon III veut industrialiser la France. Le charbon du bassin, d’une qualité exceptionnelle, doit participer à ce développement. C’est l’ouverture de la ligne de chemin de fer Graissessac-Béziers qui permettra de livrer le charbon sur les quais du Canal du Midi en 4 heures en lieu et place des 4 jours quand il était livré par charretons. Ce village de montagnards se transforme en un village de travailleurs de la mine. En 1841, Camplong comptait 2550 habitants dont beaucoup d’étrangers, Polonais, Italiens, Espagnols qui s’installaient dans la vallée.
Camplong se développe. Plusieurs cafés dans le village ouvrent, on s’y retrouve après une dure journée de labeur.
Arrive le jour où l’exploitation du charbon dans le bassin de Graissessac n’a plus été rentable.
Les puits ferment les uns après les autres, des travailleurs quittent la vallée, d’autres restent ; la silicose a fait, hélas, son œuvre. Les débits de boisson ont disparu, sauf un.
La famille Joucla n’a pas l’habitude de baisser les bras, après Justinette c’est Pauline qui reprend le flambeau pour faire “marcher le café” (on la voit ici sur la photo dans l’embrasure de la porte) avec l’aide de Pierre, son fils.
Il a fallu s’adapter après la disparition de la mine… Camplong compte aujourd’hui 240 habitants ; c’est Pierrot qui a fait ce lien entre le passé et le présent sous l’œil de Pauline et aujourd’hui de Katell sa fille. L’esprit du café perdure aujourd’hui, on peut y croiser Jean Tuffou enfant du pays qui vient y évoquer la saga de la mine et y dédicacer ses ouvrages dans le cadre d’un café littéraire ; Serge Casero et son groupe de Jazz animent des soirées estivales. On y croise aussi Véronique Drouin accompagnée de son “jazz man de mari” Joël et de Michel Chavarria pour des soirées amicales qui se prolongent jusqu’au bout de la nuit.
Dans cette France riche de son patrimoine des liens se sont noués entre des établissements chargés d’histoire et de mémoire à travers le territoire. Le Grand Café Joucla a été classé “Café Historique”.
L’association des Cafés Historiques regroupe un cénacle d’amoureux des cafés qui sont restés en lien avec le passé. Perdurent ici ou là un art de vivre et une convivialité dans le cadre de la tradition.
Les gens du Nord attirés par notre soleil ont découvert au fil des ans les richesses de nos Hauts Cantons. Cela a été l’occasion de rencontres passionnantes avec ces gens qui ont dans leur cœur le soleil qu’ils n’ont pas dans leur ciel. Danois, Belges, Hollandais, Allemands venus par hasard à Camplong n’ont pas cessé de vanter les mérites de ce haut lieu culturel qu’est le Grand Café, attirés par le bouche à oreille et des articles dithyrambiques dans des revues à grande diffusion.
Si avec Pauline c’est une bibliothèque qui disparaît comme aurait pu le dire Jean-Pierre Chabrol conteur cévenol bien connu, la relève est bien là avec Katell la petite-fille. Le XXIe siècle ne peut pas être qu’un siècle de consommation grégaire, les valeurs portées par la famille Joucla, qui se transmettent à travers les générations, sont des valeurs éternelles bien présentes à Camplong.
Toute génération confondue, je pense qu’on va encore, pendant longtemps, entendre fredonner “Le temps des cerises” sous les voûtes de ce Café séculaire.
Par Jean-Philippe Robian

