De José Carlos Somoza (CUBA)
Nous ne sommes pas sur les planches du théâtre du Globe mais dans un centre de formation ultramoderne de la police madrilène. Les agents sont formés à la technique des «masques» : identifier en quelques secondes la nature du désir le plus profond du suspect pour provoquer en lui une overdose du seul plaisir auquel il ne peut résister. On les appelle les «appâts», Diana Blanco est leur meilleur élément. Quand elle découvre que sa jeune sœur est aux prises avec l’insaisissable Spectateur qui terrifie la ville, elle mène une course contre la montre qui la conduit jusqu’à l’antre du monstre. C’est du moins ce qu’elle croit.
Très étonnant, pour ne pas dire déroutant. Au début, je n’y comprenais rien, ça parlait de Psynome, de Philias (Philia d’Holocauste, Philia de Demande, de Chair, de Sang, de Travail, de Proie…) d’Appât, d’Accrochage… Autant de termes à vous faire perdre la tête et pourtant on s’accroche, on sent qu’il se passe quelque chose, on est en empathie avec la narratrice, on VEUT savoir. Quand les choses se décantent enfin (il faut être patient) nous entrons dans un univers incroyable. L’auteur est allé chercher loin, très loin… En créant un parallèle entre une méthode de profilage et l’œuvre de Shakespeare, il a inventé un nouveau concept, de nouvelles approches et ça fonctionne. Attention, la trame reste celle d’une enquête bien glauque sur un serial killer bien gore (âme sensible s’abstenir).
Incroyable, original et dérangeant à la fois. On est bluffé jusqu’à la fin.
Par Isabelle Pahl

