Déjà la sixième sortie pour cet excellent fanzine avignonnais et encore et toujours un sommaire généreusement chargé : de la bande dessinée, de la nouvelle, de la poésie, des dessins pleine page mais aussi les jeux du désormais célèbre Professeur Impétigo, des interviews d’artistes (Narrow Terence et Jean-Marc Quintana sont dans la place !) et des chroniques musicales et articles divers (comme celui sur le film Diesel que l’on est particulièrement pressé de découvrir) ainsi qu’un horoscope totalement foutraque et même un coloriage antistress !!! Ne venez pas nous dire que vous ne trouverez pas dans cette auguste publication au ton volontiers destroy / trash (mais pas seulement !) de quoi passer un bon moment de lecture. On apprécie particulièrement la couverture magnifique qui semble à la fois rendre hommage au héros à houppette d’Hergé et à un esprit steampunk dont nous reconnaissons être fort friands. Pour la modique somme demandée, vous pouvez vous offrir toute la collec’ disponible dans les lieux culturels les plus méritants. Le mieux est sûrement de balancer un mail à maudit.tintin@gmail.com pour trouver un moyen de se procurer la chose. La distribuer dans votre coin serait même une excellente idée si vous en avez la possibilité. Fanzine rule !
Par Guillaume Dumazer
Livres
Livre : Entrez dans la danse
De Jean Teulé
A Strasbourg en 1518, « il n’y a plus de chiens en ville, tous ont été mangés »… La pauvreté extrême pousse donc certains à jeter le bébé dans l’eau du bain, d’autres à carrément le manger… C’est dire l’ambiance… Dieu semble devenu fou, les naissances anormales se multiplient, des pierres tombent du ciel, manquaient plus que des gens subitement prompts à danser frénétiquement dans la rue sans aucune raison à part peut-être celle de conjurer le sort et les malheurs qui leur tombent quotidiennement sur le coin du bocal ?! Cette mystérieuse danse indigne les autorités civiles et ecclésiastiques, les notables se creusent alors les méninges : les scientifiques s’opposent bien sûr violemment aux religieux quant aux raisons de ce mal étrange, les laïcs comptent les points, mais la troupe de gigoteurs continue de grossir à vue d’œil, c’est pas bientôt fini ce capharnaüm ?! Jean Teulé livre encore le portrait truculent d’une époque, excelle toujours dans l’art de la description, il parvient comme toujours à fourrer ici et là des tournures et des anachronismes linguistiques poilants dans un roman très documenté comme d’habitude ; veuillez noter pour finir que quelques gravures parsèment les pages de ce bouquin à lire d’une traite, mangez-le si vous voulez !
Par Guillaume Dumazer
Revue : Abus Dangereux Face 145
On commence à en avoir un peu marre d’entendre pleurer le quidam sur la mort programmée / supposée de la presse papier. Mais si vous tenez C Le Mag entre les paluches, c’est que l’on peut encore se permettre un peu d’espoir pas vrai ?! Et puis bon, certains n’ont jamais baissé les bras malgré les attaques incessantes du grand capital, des modes ou des crises diverses. Abus Dangereux, véritable institution du fanzine professionnel depuis des lustres (1987, ça vous la coupe hein ?!), est à la pointe de ce combat de tous les jours pour parler des musiciens, des laissés-pour-compte aux artistes confirmés. Cette cent-quarante-cinquième “face” contient un sommaire gentiment chargé en rock indépendant, dont à peu près toutes les chapelles sont représentées : chanson, pop, folk, blues, punk, metal se bousculent au portillon accompagnés de tous les “post -” de rigueur de nos jours où tout semble être dépassé pour ensuite mieux revenir en force. On ne parle pas forcément que de musique en ces pages, des chroniques bouquins, fanzines et DVD sont aussi à ajouter au menu, y a plus qu’à approcher les nombreux points de dépôt d’Abus consultables sur le site internet de la publication, cliquer sur www.abusdangereux.net et pourquoi pas, soyons fou, s’abonner pour un prix modique ? Presse papier ou mourir !
Par Guillaume Dumazer
Livre : Zykë L’aventure de Thierry Poncet
« Avant j’étais un grand bandit, mais maintenant je suis un écrivain »… Mais Zykë ne pratique pas la machine à écrire, pas son genre, trop d’aventures et de voyages. C’est pourquoi il engage Thierry Poncet pour taper son – excellent – roman autobiographique Oro. Ceux qui ont lu ce récit d’aventure écrit par le héros de ce livre vont pouvoir compléter les informations que l’on y retrouve (bien que celles-ci soient en partie cachées pour un besoin d’anonymat).
Poncet ne se trompe guère en se disant « Mon nouveau patron est un aventurier » qui lui « a soufflé dans la cervelle le grand vent de l’aventure », on se dit même qu’il se retrouve en compagnie d’un personnage comme on n’en fait plus et va parcourir bien des contrées avec lui. Le fil rouge, c’est l’écriture : la finition du fameux Oro, la rédaction des suivants Sahara et Parodie se font dans une atmosphère dingue où l’on suit l’équipée sauvage menée par un colosse qui passe sa vie à sillonner le globe en quête d’actions grandioses, d’emmerdes invraisemblables et d’émotions fortes. Poncet brosse un portrait haut en couleur d’un pirate des temps modernes, héros romantique rimbaldien qui friserait bien le Corto Maltese de nos rêves, la déglingue en prime. On ne saurait trop conseiller aux amateurs de littérature tout-terrain de se jeter sur ce bouquin !
Par Guillaume Dumazer
Livre : Merveilleuses histoires à lire sous la couette
ZE rituel inattaquable, celui auquel on ne peut échapper malgré tous les stratagèmes possibles et imaginables. La petite histoire du soir devient à tel point indispensable que l’enfant, qui demande assez fréquemment à entendre des histoires qu’on lui a déjà racontées, arrive à déceler quand, petit malin, vous essayez de tricher avec des mots pour aller plus vite, l’heure tournant très rapidement quand il s’agit du coucher. Pour éviter les discussions épineuses au sujet de ces raccourcis pas toujours très fins, il suffit de trouver la parade en la forme de gros recueils contenant une assez grande quantité de contes pour amener de la nouveauté dans des étagères croulant déjà sous le poids de livres d’histoires diverses et variées. Ces Merveilleuses histoires à lire sous la couette ont ça de bien qu’en dehors d’un prix réellement modique, elles sont des dizaines à être rassemblées au sommaire (cinquante-huit au total) ; et certaines d’entre elles sont de plus magnifiquement illustrées (on pense par exemple à Un cheval pas si triste, Âdi et le grand tigre blanc, Une hirondelle a fait le printemps ou Le Dinosaure qui ne voulait pas disparaître, mais tout ça est très subjectif). Des histoires ni trop courtes ni trop longues qui faciliteront l’arrivée du marchand de sable.
Par Guillaume Dumazer
Livre : La Disparition de Josef Mengele de Olivier Guez
En 1949, sous un faux nom, le capitaine SS Josef Mengele déboule en Argentine. Lui, un des plus sinistres bouchers du XXe siècle, est relativement mal reçu à son goût. Il a en effet une très haute opinion de lui-même et de ses activités de “médecin-bourreau d’Auschwitz”. Mais il en est réduit aux travaux manuels pour ne pas se faire remarquer. Comme la société de son père, avec qui il est toujours en contact, prospère très bien, il devient son représentant en Argentine et jouit vite de respect devant sa culture étendue et son histoire qu’il tient secrète pour la plupart des gens qu’il rencontrera, Mengele va même en Europe sous une fausse identité sans être inquiété ! Pourtant son passé le rattrape et il doit dorénavant fuir sans cesse. C’est cette cavale que nous fait revivre ce récit (Prix Renaudot 2017 au passage) à peine romancé et à ranger avec les excellents La Traque (Lieberman), HHhH (Binet) et Les Bienveillantes (Littell). On y voit Mengele passer le reste de sa vie à fuir en pensant avec colère à ses collègues médecins de la mort dont beaucoup passèrent entre les mailles du filet. Le livre est aussi l’occasion d’en savoir plus sur la société péroniste de la fin des années 40 et sur les revanchards locaux ou exilés qui finissent tous par se croiser. Excellent.
Par Guillaume Dumazer
Livre : L’Appât
De José Carlos Somoza (CUBA)
Nous ne sommes pas sur les planches du théâtre du Globe mais dans un centre de formation ultramoderne de la police madrilène. Les agents sont formés à la technique des «masques» : identifier en quelques secondes la nature du désir le plus profond du suspect pour provoquer en lui une overdose du seul plaisir auquel il ne peut résister. On les appelle les «appâts», Diana Blanco est leur meilleur élément. Quand elle découvre que sa jeune sœur est aux prises avec l’insaisissable Spectateur qui terrifie la ville, elle mène une course contre la montre qui la conduit jusqu’à l’antre du monstre. C’est du moins ce qu’elle croit.
Très étonnant, pour ne pas dire déroutant. Au début, je n’y comprenais rien, ça parlait de Psynome, de Philias (Philia d’Holocauste, Philia de Demande, de Chair, de Sang, de Travail, de Proie…) d’Appât, d’Accrochage… Autant de termes à vous faire perdre la tête et pourtant on s’accroche, on sent qu’il se passe quelque chose, on est en empathie avec la narratrice, on VEUT savoir. Quand les choses se décantent enfin (il faut être patient) nous entrons dans un univers incroyable. L’auteur est allé chercher loin, très loin… En créant un parallèle entre une méthode de profilage et l’œuvre de Shakespeare, il a inventé un nouveau concept, de nouvelles approches et ça fonctionne. Attention, la trame reste celle d’une enquête bien glauque sur un serial killer bien gore (âme sensible s’abstenir).
Incroyable, original et dérangeant à la fois. On est bluffé jusqu’à la fin.
Par Isabelle Pahl
Livre : L’été DE KATYA
De Trevanian (USA)
À l’été de 1914, Jean-Marc Montjean, jeune médecin, s’installe dans un petit village du Pays basque. Rapidement, il est appelé à soigner Paul Treville dont la jolie sœur jumelle, Katya, l’intrigue de plus en plus. Bien accueilli chez les Treville, le jeune homme devient un ami de la famille, qu’il fréquente assidûment en dépit d’une certaine ambiguïté dans leurs relations. Et même s’il devine derrière leurs hospitalité et bonnes manières un lourd et douloureux secret, il ne peut s’empêcher de tomber éperdument amoureux de Katya, quelles qu’en soient les conséquences.
Trevanian a encore frappé ! Décidément un très grand auteur. Style fluide et raffiné, écriture intelligente et pertinente… Encore une fois, nous sommes happés par son récit, son intrigue et bien sûr par ses personnages qui ont une grande présence et qui invariablement nous marquent. L’histoire de Katya est construite comme une pièce de théâtre, chaque élément se met en place, les héros se dévoilent, les dialogues fusent et peu à peu la trame sous-jacente éclate au grand jour.
Véritable artiste des mots, l’auteur nous offre une histoire touchante avec toujours autant de classe.
Par Isabelle Pahl
Livre : LE POIL DE LA BêTE
De Heinrich Steinfest (Autriche)
Le jour où la blonde Anna Gemini a décidé de travailler pour subvenir aux besoins de son fils handicapé, son choix s’est presque naturellement porté vers le métier de tueur à gages. Mais la route d’Anna Gemini a croisé celle de Markus Cheng, un détective privé viennois manchot, très attaché à son vieux chien et d’une intelligence aiguë. Sa vie s’est alors singulièrement compliquée.
Délire total ! Des personnages improbables, des situations incongrues, des énigmes loufoques…. bref, on ne sait pas trop à quoi carbure l’auteur mais c’est sûr, ce n’est pas à la camomille ! Pour avoir déjà lu ses deux livres précédents, déjà pas piqué des vers, celui-ci bat les records. Et pourtant on reste accroché à l’histoire, on ne s’ennuie jamais et on rigole même quelques fois.
Complètement déjanté mais régalant.
Par Isabelle Pahl
Livre : TOUJOURS AVEC TOI
De Maria Ernestam (Suède)
Inga, une photographe d’art, perd son mari brutalement, un jour de 2003, et c’est toute sa vie qui s’effondre. Elle part s’isoler dans la maison de campagne familiale et tombe sur un carton contenant de vieux papiers. Une lettre… Un secret terrible qui unissait sa grand-mère et une amie à elle. Inga se lance à corps perdu dans cette histoire…
Après la lecture de l’excellent “Les oreilles de Buster” de Maria Ernestam, ce “Toujours avec toi” est de la même trempe. On y retrouve sa façon poignante et touchante de décrire ses personnages. Avec beaucoup de justesse et tout en finesse, l’auteur nous raconte l’histoire de Rakel et Léa, femmes courageuses aux caractères bien trempés, qui luttent, s’entraident et s’aiment par-dessus tout. Rakel amoureuse de celui qu’il ne faut pas et Léa qui ne croit pas en l’amour et qui subit l’assaut des hommes. Destins tragiques pour les uns, magnifiques pour d’autres…
Par Isabelle Pahl

